Grenelle de l'environnement

« Une révolution » ! C'est ce qu'a annoncé le président Sarkozy dans son discours de clôture du Grenelle de l'environnement, annonçant sa volonté de faire de la France un pays « en avance », « exemplaire » en matière d'environnement. Si les annonces en matière de lutte contre le changement climatique sont ambitieuses – rénovation de 800 000 logements HLM, nouvelle réglementation thermique et construction de bâtiments à énergie positive, rééquilibrage des transports en faveur du rail et de la navigation fluviale – la politique concernant la protection des espaces et des espèces est beaucoup plus floue.Certes, le principe d'une trame verte opposable à toute nouvelle construction de routes ou d'infrastructures est acquis. Entendez par là une succession de corridors biologiques qui permettrait aux espèces de pouvoir se déplacer et de ne plus être isolées dans des espaces protégés.
Mais l'on peut regretter que la discussion sur la biodiversité ait été finalement rattachée à la question de l'agriculture, même si les deux sont forcément liées.
Du coup, des sujets importants comme la protection des océans ou des forêts tropicales, ont été à peine abordés ou le seront après la clôture du Grenelle, alors que la France (avec ses DOM-TOM) compte parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d'espèces menacées, comme l'a montré l'UICN récemment.
La discussion, hier, a tourné principalement autour des sujets qui fâchent : pesticides et OGM et s'est soldée par une nouvelle démonstration de force de la FNSEA. Pourtant, les écologistes y ont cru un moment. Vers 11h, François Veillerette, président du MDRGF (Mouvement pour les droits et le respect des générations futures) et membre de l'Alliance pour la planète est sorti de la salle de négociation, annonçant que les différentes parties s'étaient mises d'accord pour un retrait des 50 substances les plus dangereuses (s'alignant en cela sur la politique européenne) et surtout sur une réduction de 50% de la fréquence d'utilisation des pesticides en 10 ans, ce qui signifiait concrètement une diminution par deux du nombre de traitements dans l'année sur chaque plante. Et l'on commençait à parler d'un autre modèle d'agriculture possible, certes pas encore tout à fait bio – le principe de 20% de la surface agricole utile bio en 2020 et de 20% dans les cantines scolaires ayant été cependant adopté – mais au moins la perspective d'une agriculture dite intégrée. « Des travaux de l'INRA ont montré qu'il est possible de semer un blé plus résistant, de façon moins dense pour éviter la propagation des maladies, en travaillant sur la fertilité du sol, et les agriculteurs s'y retrouvent car la légère baisse de rendement est compensée par de moindres dépenses en produits phytosanitaires » expliquait-il. Mais un coup de théâtre a interrompu ses paroles et l'a obligé à revenir dans la salle. La mesure ayant été rendue publique par une dépêche, la FNSEA a contraint les participants à revenir plusieurs minutes après sur le sujet.
Résultat : la diminution de 50% de l'usage des pesticides reste possible, mais « sous réserve de la mise en place de méthodes alternatives » et l'échéance de 10 ans a disparu. Un immense pas en arrière qui n'a pas empêché le président de la FNSEA, M. Le Métayer de proclamer « les paysans sont les premiers écologistes de France » tout en expliquant sa décision par une volonté de compétitivité. Côté OGM, le discours est resté assez flou, le moratoire, semble-t-il annoncé à la table des négociations, s'étant transformé ensuite en gel des cultures, dans le discours du ministre Borloo, et la question des essais en plein champ n'ayant pas été clarifiée. Ce sera aux parlementaires de trancher, lors de la loi qui sera votée en janvier. Au sortir de la salle de négociation, Marie-Christine Blandin, la vice-présidente (verte) du groupe de travail sur la biodiversité, n'a pas caché sa déception : « concernant les pesticides, le président de la FNSEA peut sabler le champagne. On n'a pas avancé d'un iota. » Et de regretter également que la discussion sur la Guyane ait été reportée alors qu'elle avait reçu une délégation de Guyanais quelques jours auparavant au palais du Luxembourg, venus rappeler combien leur département est oublié par les autorités françaises.
Au total, ce Grenelle aura fait la démonstration que l'ampleur du changement climatique commence à marquer les esprits. Même le président Sarkozy parle maintenant de réfugiés climatiques, de paix menacée par le réchauffement de la planète. En revanche, la disparition des espèces qui constitue également une menace pour notre propre espèce ne semble guère affecter les consciences. Parce que nous vivons trop coupés du vivant ? Il reste encore un peu de pédagogie à faire, à trouver des exemples parlants pour expliquer que la disparition des abeilles menace la pollinisation des plantes et par-là même, notre vie à tous ou que la diversité des plantes est nécessaire à la survie de la planète. A quand un Grenelle de l'environnement qui place la protection de la nature au premier plan ?

 

Des infos sur Internet

Vous trouverez en ligne aujourd'hui sur Gaia Network  :
http://www.gaia-network.com
ATTENTION : POUR LIRE vidéos et textes, tapez sous l'une des douze icônes « Grenelle de l'environnement »

Les chiffres du jour :

DEUX

Deux jours : c'est le temps qui aura été imparti aux dernières tables rondes des 24 et 25 Octobre pour venir à bout des guillemets et autres réserves au sein des treize pages de rapport.

Deux heures c'est ce qu'il faudra à Nicolas Sarkozy pour régler trois mois de débats en 15 ou 20 propositions.

CINQ

Cinq minutes symboliques d'extinction des lumières avant vingt heures Mardi 23 Octobre, de la Tour Eiffel à Notre Dame de la Garde, soit.

106 mgw économisés, 1M d'ampoules éteintes, l'équivalent de la production d'une centrale thermique sur un jour.

Petite remarque : le Grenelle ne fait que reprendre ce qui a été conseillé en 1992 à Rio : construire le mariage d'un nouveau développement économique respectueux du caractère fini de la planète : le développement durable et objectif réaffirmé à Johannesburg en 2002. Quinze ans après, ce qu'on peut déjà retenir avant analyse précise des conclusions :

En ligne : le Grenelle avant conclusions :

Mardi 23 Octobre :

ITV de Stephane Kerkhove et de Stephane Lhomme (action du 23/10) remise d'une pétition de 20.000 signatures (14h), ITV de Bettina Laville (1° oct),

 et à la remise de son rapport (23/10) démocratie et consultation citoyenne

ITV de Jean Jouzel, co-prix Nobel de la paix et membre du GIEC (23/10,17h)

Mercredi 24 Octobre

Première table ronde sur énergie et climat, en présence de François Fillon et JL Borloo  (24/10, 10h) Images ambiance

Et impressions recueillies  (12h30 à 14h) auprès de

Marie Christine Blandin_Vert, Marc Jedliczka Cler, Yannick Jadot de Greenpeace, Anne Bringault_Amis de la terre, Daniel Richard  WWF

Premier point d'étape par JL Borloo et NKM (15h)

ITV d'un des blogueurs consultés par J L Borloo (15h)

Entrée et tour de table N°2: santé 15h30

 

Et toujours : dans la rubrique Grenelle, les archives :

Les liens vers les sites de consultation, de mise en ligne des rapports, des sites critiques

La réunion presse du 27 sept : présentation des conclusions des groupes au ministère de l'environnement

conf de presse des Verts à Quimper (août 2007)

Marc Ambroise Rendu (Juin 2007) membre du Grenelle pour FNE

Rappel du Grenelle mode d'emploi

 

Quelques remarques à chaud (par Dominique Martin Ferrari)

Négatif :

- l'élimination dés le départ du problème du nucléaire dans le s débats : pourtant c'est sans doute un des points techniques qui réclame le plus de débat démocratique, essence même du Grenelle

- des élus locaux très mal consultés (DOM TOM)

- La crainte de voir le débat nivelé par le parlement dans l'exercice de formalisation de la loi cadre en Janvier 2008 et la crainte de voir administration et lobbies relever la tête

- manque de visibilité sur l'engagement du Président de la République

- le décalage de la commission Attali, Syrota

- la faiblesse des débats sur la régulation de la publicité energivore, sur la nouvelle croissance, sur une « meilleure » information !, la difficulté à combler le retard sur l'UE en matière de lois environnementales

 

Positif :

- une réussite démocratique : un débat important entre partenaires de la société qui n'avaient pas encore l'habitude de se parler. L'environnement est entré dans

l'ère du débat de société du 21° siècle. Une bonne réactivité de la presse, 300.000 consultations Internet, un millier de propositions arrivées par Internet

- Un grand débat pour préparer la Présidence française de l'Europe et le futur sommet sur les dix de Kyoto à Bali : le chef de l'état et ses ministres n'auront pas

d'excuse à la tiédeur : ils ont une feuille de route.

- dès à présent adopté une relance de l'agriculture biologique (désaccord sur les chiffres)

- mise en question et réflexion autour du plan agro carburant

- gel des OGM et nouveaux débats sur la recherche (un monceau d'erreurs circulent dans les IT abordant ce sujet)

- les efforts de réduction de la consommation énergétique réaffirmés

- réduction massive de l'usage des pesticides (25 ou 50% ?)

- l'éco fiscalité en marche, mais cela fait dix ans qu'on y réfléchit

- les mesurettes : la montée du bio dans la restauration collective, la mise en place de l'étiquette carbone sur les produits

Positifs/négatifs  : les ordures ménagères payées au poids, le suivi et le surcoût des bilans énergétiques, la lenteur de la taxation carbone

A voir également

Le blog de Laure Noualhat (JNE) de Libération :
http://environnement.blogs.liberation.fr/noualhat/2007/10/question-de-phi.html

Le blog de Catherine Levesque (JNE), du journal 20 minutes :
http://grenelle.blog.20minutes.fr/index.html

 

 

Le Grenelle et la chasse : un sujet tabou ?

À l'heure où le Grenelle de l'environnement évoque la « biodiversité » (mot nettement plus technocratique, donc faisant plus sérieux que « nature »), les participants restent muets sur les problèmes de chasse en France, alors que ces derniers sont si pesants dans notre pays. Que font les associations naturalistes présentes sur cette question taboue ? Qu'est devenu le Roc (ex « Rassemblement des opposants à la chasse »), pourtant actif dans les négociations ? Ci-dessous, ce communiqué de l'Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages), du 15 octobre 2007, montre une des difficultés rencontrées par les associations sur le terrain, face à des représentants de l'État qui prennent régulièrement des mesures illégales. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy confie à Frédéric Nihous, de CPNT (Chasse, pêche, nature et traditions, représentant les chasseurs les plus ouvertement hostiles à l'écologie), une mission sur la ruralité dont les défenseurs de la nature peuvent attendre le pire… Les animaux décrétés nuisibles dont parle ce communiqué, le manque de démocratie des Conseils départementaux de la faune, et le comportement de braconnier de l'État dans ce genre d'affaires ne sont qu'un exemple parmi les nombreux problèmes imposés par le lobby chasse. Le Grenelle, une belle occasion manquée ?


L'État français hors la loi !

L'ASPAS dénonce les abus de pouvoir des préfets sur le classement des animaux dits « nuisibles ». De nombreux arrêtés relatifs à la chasse et au classement des animaux dits « nuisibles » sont jugés illégaux et rejugés encore et encore. Les représentants de l'Etat ont pleinement conscience de ce passe-droit. Et le Grenelle ne dit rien sur les abus de la chasse en France…

Chaque année les préfets fixent la liste des espèces animales classées « nuisibles » après avis du Conseil Départemental de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS, majoritairement représenté par des chasseurs). Plusieurs critères légaux doivent être remplis pour classer un animal en tant que "nuisible" :

- Ses effectifs doivent êtres significatifs sur le territoire et,
- Il doit causer des dommages importants à la faune sauvage, à la flore, à la santé et la sécurité publiques, aux activités agricoles, forestières et aquacoles.
 
C'est sur l'absence de ces critères que l'ASPAS se base pour porter certains arrêtés abusifs devant les tribunaux. L'année passée, sur 10 arrêtés attaqués en procédure d'urgence, l'ASPAS en a fait suspendre 6. Malheureusement, certains préfets, - sous la pression des chasseurs et des piégeurs - ne se soucient guère de ces décisions de justice et prennent en toute connaissance de cause des décisions à l'opposé de leur fonction.
Un exemple parmi tant d'autres, celui du préfet de l'Ardèche :
- Le 26 octobre 2004, le Tribunal Administratif de Lyon annule le classement 2003 pour le renard, la fouine et le geai des chênes.
- Moins d'un mois après, une nouvelle réunion du CDCFS propose ces mêmes espèces au classement « nuisible ». Le préfet cautionne et signe.
- 20 mars 2007, le Tribunal annule l'arrêté concernant le renard, la fouine, l'étourneau sansonnet, la pie bavarde et la corneille noire.
-  15 jours plus tard, nouvelle réunion et demande de reclassement de ces espèces. Le nouveau préfet approuve…
-      26 septembre 2007, le tribunal suspend, d'urgence en référé, ce classement.
 
Porter un arrêté préfectoral devant les tribunaux est une tâche qui s'avère longue et laborieuse pour l'ASPAS, association à but non lucratif, qui traque sans relâche ce genre de débordement. L'ASPAS agit depuis 25 ans pour la réhabilitation des animaux dits « nuisibles ». Ces derniers jouent un rôle très important pour l'équilibre naturel de leur écosystème et de leur environnement. Il n'est pas admissible que des préfets, représentant l'État, déjouent ainsi la législation au profit d'une poignée de chasseurs. L'ASPAS demande le simple respect du droit.

Contact presse : Julie Danet ou Rémi Collange
Tél. : 04 75 25 10 00 - Mail : info@aspas-nature.org - www.aspas-nature.org

 

 

Le Droit de savoir

Laurent Samuel - http://laurent-samuel.over-blog.com/

Lors de son discours au Grenelle de l'environnement, le Président Sarkozy a tenu ces fortes paroles, qui n'ont pas suffisamment été relevées dans les compte-rendus :

« Les Français ont (…) le droit de savoir. Ils ont le droit de connaître la vérité surles menaces d'aujourd'hui et de demain. Ils ont le droit de se faire leur propreopinion. C'est une demande forte du Grenelle : nous allons donc créer un droit à la transparence totale des informations environnementales et de l'expertise. Toutes les données, sans exception, seront désormais communicables. Y compris sur le nucléaire et les OGM. »

Certes, le bémol ne tarde pas :

« Les seules limites seront le secret de la vie privée (beaucoup à faire en la matière!), la sécurité nationale et les secrets industriels. »

Reste que cette déclaration pourra être utilement invoquée par les journalistes (et les responsables associatifs) à qui une administration ou une entreprise prétendra refuser la communication d'un document ou d'une étude.

Question transparence, on est en droit de s'étonner que la version intégrale du discours du Président disponible sur le site du ministère de l'Ecologie le soit sur un pdf aux couleurs de LCI, la chaîne info de TF1 !

 

 

Grenelle : une aura internationale pour la France

Par Christine Virbel

Qu'on s'en réjouisse ou non et quoi qu'on pense des engagements pris par le président lors du bilan du Grenelle de l'environnement, la concertation française qui a eu lieu ces derniers mois a déjà une portée internationale. En Espagne, Nicolas Sarkozy a été cité en exemple par une représentante de Greenpeace (voir El Mundo du 23/10/2007) réagissant aux propos du chef du parti de droite de l'opposition espagnole, Mariano Rajoy, qui avait dit  quelques jours auparavant : « on ne peut pas faire du changement climatique le problème mondial ». Le jour du Grenelle, c'était au tour d'Al Gore de déclarer qu'il fallait organiser un « Grenelle international ». Enfin, lors d'une conférence sur une gouvernance mondiale de l'environnement, le 26 octobre, Mikhaïl Gorbatchev expliquait que « comme l'Italie avec sa Charte de la Terre, la France peut servir de modèle et donne avec le Grenelle une impulsion chez elle et dans le monde en faveur de l'environnement ». Certes il existe des regards narquois, notamment de la part des Allemands qui n'ont pas forcément de leçon à recevoir de la France en matière d'environnement pour s'y être pris bien plus tôt que nous, de la part des sceptiques et des prudents aussi qui disent qu'il faut voir maintenant ce qui va être réellement atteint dans les faits.
Dans tous les cas, la façon de faire du Grenelle consistant à demander aux têtes pensantes et aux représentants de la société de plancher sur un sujet puis aux citoyens de donner leur avis pour que l'exécutif en tire des mesures à appliquer est inédite par son ampleur, réellement démocratique et représentative (même les anti-grenelle se sont exprimés et ont été relayés par la presse). Maintenant le plus dur reste à faire : vérifier que les tractations parlementaires et les groupes de pression n'engendrent pas une version édulcorée des décisions annoncées par le président ou ne remettent à jamais leur application faute de date butoir. La presse doit aussi éviter de faire ce qu'on lui reproche souvent, à savoir aborder un sujet puis ne plus en parler, et doit régulièrement rappeler ce qui a été dit et ce qui a été fait.
C'est à elle aussi de parler des sujets « oubliés » du Grenelle comme le nucléaire ou des loupés comme les pesticides. Mais plus que jamais aujourd'hui, c'est à nous consommateurs de montrer ce que nous voulons car dans une économie de marché, nos achats sont comme des votes. L'étiquette carbone sur les produits en fera peut-être beaucoup plus que des mois de négociations.
En l'attendant, lisons les étiquettes (d'où vient ce produit ?), écrivons au service clients pour savoir si…, demandons à la mairie de…, renseignons nous si nous n'avons pas confiance ou si nous ne connaissons pas les normes…Bref, usons des possibilités qui nous sont offertes sachant que dans d'autres pays les citoyens n'ont pas toujours la liberté de le faire. La défense d'un environnement sain ne peut s'épanouir que dans la démocratie et le Grenelle - du moins dans sa première phase - en a été un bon exemple que les observateurs internationaux ont souligné ou repris à toutes fins utiles.

 

 

Compte-rendu du petit-déjeuner JNE-Ademe
Le 3 octobre 2007

Avec les associations participant au Grenelle de l'environnement

Par Claude-Marie Vadrot

«  Nous n'avons pas fait la révolution  »

(Jacques-Olivier Barthes, l'un des représentants du WWF au Grenelle de l'environnement)

Au petit déjeuner qui a réuni les journalistes des JNE et Christian Garnier pour FNE, Franck Laval pour Ecologie sans frontière et Jacques-Olivier Barthes pour le WWF, ces négociateurs du engagés dans le marathon des réunions depuis le début du mois de juillet sont assez dubitatifs sur les résultats de l'effort sans précédent qu'a consenti le milieu associatif pour être à la hauteur du défi qu'il s'était lancé puisque c'est d'Ecologie sans frontière qu'est partie au printemps l'idée d'une mise à plat de tous les problèmes environnementaux, idée reprise par tous les candidats et donc par le vainqueur final.

Quand on leur demande s'ils ne font pas preuve de « naïveté politique », ils se défendent chacun à leur façon.

Christian Garnier  : «  On est lucide, on y est allé sans illusion ; Il y a avait déjà eu chez nous une longue discussion, un mois et demi, sur le Pacte écologique de Nicolas Hulot. Mais bon, on profite d'une fenêtre entrouverte, c'est maintenant ou jamais. Hélas, les gens s'imaginent que nous allons décrocher la lune. On y est allés sans illusion, mais avec espoir. Ce qui est fondamental, c'est d'avoir rencontré d'autres cultures, celle de la CGT par exemple, même s'il n'en sort rien, il se sera passé quelque chose. Par exemple on a réussi à faire exploser le lobby routier et habitat.

Jacques-Olivier Barthes  : pour nous, ce qui est fondamental c'est le rapprochement de l'environnement et du social car ils sont indissociables. Ces discussions ont permis au monde associatif de s'étalonner, de comprendre, de changer de catégorie. Ca, c'est positif. D'ailleurs, ce qui nous a surpris c'est que parmi les journalistes, nous avons changé d'interlocuteurs. Mais il faut prendre garde à l'emballement des médias : rien de ce qui s'est raconté dans la presse n'est décidé, acté. Jusqu'au bout nous serons dans le rapport de force et il faut se méfier. C'est pour cela que les responsables internationaux du WWF, de Greenpeace et des Amis de la terre ont décidé de mettre la pression au cours de la dernière semaine.

Franck Laval  : pas de naïveté, pour ce qui nous concerne nous savons parfaitement à qui nous avons affaire et quels sont les enjeux politiques. Pour cette raison, nous avons déjà lancé l'idée d'un Grenelle européen sous la présidence française de l'Union Européenne. Il nous faut, ici et en Europe, passer à la vitesse supérieure. Rien n'est acquis, tout peut mal tourner jusqu'au dernier jour. Et même après.

Pour nos trois interlocuteurs il y a finalement ignorance de ce qui va se passer même si, pour Jacques-Olivier Barthes, le premier succès est celui du désenclavement de l'écologie. Pour Christian Garnier, participant au groupe énergie-climat, la discussion est heureusement sortie de l'ornière des spécialistes pour aborder le social, le prix de l'énergie, ce que de nouvelles taxes signifieraient pour les ménages les plus pauvres. Il explique également que le nucléaire n'a pas été mis de côté dans les discussions, contrairement à ce qui était programmé car tous les échanges ont rapidement débordé des lignes fixées vers un affrontement ouvert.

Les critiques les plus vives portent sur les débats décentralisés trop fréquemment transformés en grand-messe préfectorale suivie de quelques questions et il a fallu que les associations se fâchent pour, qu'avant, toutes les associations locales qui le souhaitaient puissent participer avant, à une discussion générale. Cette tournée de province a trop ressemblé au débat raté sur l'énergie, il y a quelques années.

Bien entendu, expliquent les trois associatifs, les groupes de pression émanant du Medef, des syndicats et de la FNSEA ont « marché à fond jusqu'au bout, et dans ce domaine ce sont des experts redoutables ». Mais, affirme Jacques-Olivier Barthes, nous avons évité d'être dupes, de nous laisser faire, de les laisser nous bombarder et bombarder l'opinion publique ». Ils tombent d'accord sur une autre certitude, quelques jours avant la grande réunion finale : les élus locaux et les élus nationaux sont déjà dans l'après-Grenelle et c'est auprès d'eux que s'exercent les pressions les plus fortes. Pour Frank Laval il est clair que, déjà, des choses essentielles sont passées à la trappe dans les synthèses de présidents de groupes et des rapporteurs, notamment dans le secteur santé-environnement qui concerne aussi bien la pollution de l'air que les pesticides : « manquent des engagements précis, c'est là que le bât blesse ».

Jacques-Olivier Barthes veut espérer que le statut des « lanceurs d'alerte » et la liberté des laboratoires de recherche en environnement pourront être validés. Une autre certitude pour Christian Garnier, c'est que dans le bâtiment, « la bataille de l'isolation, de l'économie d'énergie est gagnée et nous sommes passés, c'est important le vocabulaire, de la notion de maîtrise de l'énergie à celle de l'économie d'énergie ». Mais il ajoute que, par exemple, si sur les OGM, le verbatim des discussions est passionnant mais, il faudra traduire des consensus apparents en décisions.

Mais, expliquent-ils tous, au-delà des effets d'annonce probables, restera probablement encore la résistance des Corps d'ingénieurs et l'idéologie de l'économie productiviste.

Nous avons porté une parole forte, conclut Jacques-Olivier Barthes, celle de la révision nécessaire des modes de vie, mais il est clair que nous n'avons pas fait la révolution.

Conclusion : nos interlocuteurs étaient tous conscients que ce ne sont pas les associations qui feront pencher la balance, à la fin du mois d'octobre, le 15 décembre puis plus tard au Parlement, entre toutes les suggestions contenues dans le millier de pages produit par les réunions de Grenelle, même lorsqu'elles ont fait une quasi unanimité.

 

Agenda :

- Samedi 20 octobre 2007 à partir de 14 heures

Réunion de consultation régionale Ile-de-France du « Grenelle citoyen des urgences environnementales »

Le 20 octobre 2007, Ecoforum et WWF-France organisent la réunion Ile-de-France du Grenelle citoyen. La réunion se tiendra au siège du WWF-France, 1 Carrefour de Longchamp, 75016 .

Depuis plusieurs semaines, ces réunions de consultations participatives avec les responsables locaux des associations environnementales connaissent un véritable succès. Après les rencontres de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon, Auvergne et Corse, c'est donc en Ile-de-France que sera recueillie la mémoire écologique des citoyens.

La réunion Ile-de-France prendra une dimension particulière puisqu'elle se tiendra 4 jours avant le début des négociations du Grenelle de l'environnement.

Chaque responsable associatif pourra délivrer son message de trois minutes face à la caméra. Tous les témoignages seront disponibles gratuitement sur le site internet www.terre.tv . C'est une occasion importante pour peser sur les débats à venir et faire remonter la réalité de la situation environnementale telle qu'elle est vécue au plus près des franciliens.

« Après l'engouement produit par les premières réunions régionales du Grenelle citoyen et les 45 000 visionnages de la réunion régionale en PACA sur le site internet de Terre TV, nous attendons beaucoup de la rencontre francilienne. Cette belle région soulève de nombreuses problématiques environnementales, comme l'agriculture ou l'urbanisme. Nous avons besoin des témoignages des associations d'Île-de-France ! » souligne Serge Orru, Directeur Général du WWF-France.

Contact Ecoforum : Victor-Hugo Espinosa – 06 73 03 98 84 – grenelle@ecoforum.fr
Contact WWF-France : Raphaële Goldenberg 01 55 25 84 22 – rgoldenberg@wwf.fr

 

« Grenelle alternatif et citoyen »

le 21 octobre de 14h à 18h

Bourse du Travail de Saint Denis
9-11 rue Génin 93200 Saint Denis - Métro Porte de Paris

PROGRAMME

14h-16h : ATELIERS

Agriculture, OGM, agrocarburants

Avec G. Kastler (les Amis de la Terre), J. Testart (Fondation Sciences Citoyennes), A. Apoteker (Greenpeace), P. Sadonnes (Réseau Action Climat), F. Nicolino (journaliste écrivain)

Eau

Avec J.L. Touly (Association pour un contrat mondial de l'eau), J. Perreux (vice-président du Conseil général du Val de Marne), Collectif Eau de Paris, Eau Secours 31

Energie, Climat

Avec Ph. Mühlstein (Attac), C. den Hartigh (les Amis de la Terre),
B. Dessus (Global Chance), S. Lhomme (Sortir du Nucléaire)

Déchets et modèle de société

Avec A. Cicolella (chercheur en santé environnementale), F. Couraud (Centre national d'information indépendante sur les déchets), le Collectif contre l'implantation d'un incinérateur à proximité de l'agglomération clermontoise, la Coordination nationale médicale santé environnement

16h - 18h : FORUM FINAL

animé par Ruth Stégassy, journaliste
Avec Attac, Greenpeace, la CGT, la Confédération Paysanne, la FSU, le CADTM,
les Amis de la Terre, Solidaires, Sortir du Nucléaire

ENTREE LIBRE
Plus d'infos : http://altergrenelle.fr/ - contact@altergrenelle.fr

 

 

5 minutes de répit pour la planète

Le 23 octobre 2007 de 19H55 à 20H00

L'Alliance pour la Planète, collectif de plus de 70 ONG environnementales, appelle les citoyens français à éteindre la lumière pour observer 5 minutes de clair obscur écologique et à changer au moins une ampoule à incandescence par une ampoule à basse consommation. Le but : envoyer un signal fort au Grenelle de l'Environnement.

 

 

 

Une belle récompense

Par Laurent Samuel - (article paru sur le blog http://laurent-samuel.over-blog.com)

L'attribution conjointe du Prix Nobel de la Paix au GIEC  (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat) et à Al Gore, « l'ex-futur Président des Etats-Unis » (qui avait obtenu 500 000 voix de plus que Bush lors de la présidentielle de 2000) marque un succès majeur - moral à défaut d'être pratique - du combat à la fois scientifique et politique pour la reconnaissance, l'évaluation et la prise en compte du changement climatique, débouchant sur la mise en oeuvre d'actions pour l'enrayer ou le limiter.

En France, cette consécration apparaît aussi comme une bouffée d'air pur après la multiplication ces derniers jours, à l'approche de la phase finale du Grenelle de l'environnement, de prises de position plus outrancières les unes que les autres. A savoir (liste non exhaustive !) :

- l'engagement de la commission Attali sur la croissance en faveur d'une remise en cause du principe de précaution, pourtant inscrit dans la Constitution (1).

- le refus, affirmé notamment par le député UMP Jean-François Copé, de la réduction de vitesse automobile proposée par les groupes de travail du Grenelle;

- la publication d'un rapport affirmant que la France sera de toute façon incapable de remplir son objectif de «facteur 4 » (réduction par 4 des émissions de gaz à effet de serre) d'ici à 2050;

- la publication dans la presse de pages de pub à la gloire des OGM et de l'agriculture industrielle;

- la présence médiatique massive de Christian Gérondeau, Jean de Kervasdoué et Claude Allègre, trois polémistes qui célèbrent respectivement les vertus de la bagnole, des produits chimiques et de l'électricité nucléaire (2);

- la publication dans « le Nouvel Observateur » du 4 octobre d'un article de Delfeil de Ton, d'ordinaire mieux inspiré, comparant les «écolos» à des « cafards », uniquement préoccupés (oui, je sais, certains d'entre eux tombent dans ces travers !) de « surveiller et punir, condamner et interdire ».

Face à cette offensive, les contrefeux sont les bienvenus. Comme l'interview de Nicolas Hulot dans l'Obs du 11 octobre (3), annonçant qu'il ne se contentera pas de «demi-mesures» à l'issue du Grenelle. Ou la déclaration de Jean-Michel Lemétayer , patron de la FNSEA, en faveur d'un «gel» des OGM dans « la Tribune » du 12 octobre (4).

Les jeux ne sont donc pas faits. En attendant, réjouissons-nous qu'en la personne de Jean Jouzel, vice-président du Giec, la France ait reçu un petit bout de Prix Nobel (5). Notre pays saura-t-il mériter cet honneur ?

 

(1) voir les réactions du philosophe Dominique Bourg et de Yannick Jadot de Greenpeace : http://tf1.lci.fr/infos/sciences/environnement/-prix-.html

(2) voir la critique cinglante du dernier livre d'Allègre par le toujours percutant Jean-Marc Jancovici : http://www.manicore.com/documentation/serre//verite.html

(3)http://tempsreel.nouvelobs.com//societe/autour_du_grenelle

(4) http://www.latribune.fr/info/OGM --- la-FNSEA-accepte-un-gel-provisoire-~-ID9A8A6EBC22E26E61C125737100568D04

(5) http://tf1.lci.fr/infos/sciences/environnement/-nobel-paix-francais-.html

 

 

Octobre 2007

L'imagination n'est pas au pouvoir

Par Volodia Opritchnik

Article extrait de la Lettre de l'usine à GES - www.lusineages.com

Grenelle n'est plus ce qu'il était ! Présentées le 27 septembre, les idées censées alimenter le grand raout environnemental de la fin octobre sont tout sauf révolutionnaires. Nombre de préconisations du groupe de travail en charge de l'énergie et du changement climatique sont déjà dans le tuyau. À commencer par le programme destiné à réduire les impacts du bâtiment. L'aréopage présidé par le climatologue Jean Jouzel suggère de renforcer la réglementation thermique du neuf (c'est en cours) et de lancer des plans de rénovation de l'ancien. Des idées picorées dans le rapport Viguerie (lire L'Usine à GES n°22). Les rapporteurs souhaitent aussi étendre l'étiquetage énergétique aux appareils électroménagers (l'Ademe y pense) et interdire les systèmes de veille ainsi que les ampoules à incandescence (leur fabrication s'arrêtera en 2015). Pour réduire de 22% l'impact climatique des transports routiers, augmentation de la TIPP et baisse de la vitesse sont au programme (évoquées sous le précédent gouvernement). Comme l'industrie, l'aviation commerciale devrait être soumise à des quotas d'émissions de CO2. Ce que Bruxelles a prévu pour 2011. En 2020, 20% de notre énergie finale devra être le fruit des ENR. Un objectif déjà imposé par l'Europe. Si les experts veulent aussi plus de crédits pour le solaire, le stockage de l'électricité, les réseaux intelligents et les biocarburants, ils demandent également d'expérimenter la séquestration du carbone. Une dernière supplique qui pourrait être entendue dans les prochains jours.

 

 

Compte-rendu du petit-déjeuner du 8 octobre 2007

Avec Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie

Par Carine Mayo

A quelques semaines de l'issue du Grenelle de l'environnement, la secrétaire d'Etat se réjouit de l'ampleur prise par la consultation publique. La chaîne officielle consacrée au Grenelle http://fr.youtube.com/GrenellEnvironnement arrive parmi les 10 premiers sites visités référencés par You Tube, et 4500 contributions individuelles ont été mises en ligne sur le forum du site www.legrenelle-environnement.gouv.fr/ . Parmi les sujets qui passionnent le plus les Français, le changement climatique (loin devant) et la possibilité (contestée !) d'une réduction de la vitesse maximum autorisée de 10 km/h sur route, mais aussi le bio dans les cantines, les déchets, le bruit, les ondes électro-magnétiques et la pollution lumineuse. Il est à noter par ailleurs que les débats liés à la biodiversité ont suscité peu de réactions parmi les citoyens. Mme Kosciusko-Morizet rappelle que la consultation régionale et la synthèse des débats sur Internet sont supervisés par Bettina Laville, « commissaire à la transparence ».
A la question des journalistes portant sur le choix des villes où va se développer la consultation régionale dont la plupart sont dirigées par des élus proches de la majorité présidentielle, la secrétaire d'Etat répond en expliquant que ce sont les villes de taille moyenne, les plus volontaires qui ont été retenues. Quant à la date à laquelle va se tenir la table ronde finale, elle n'est toujours pas annoncée  ! Les journalistes font remarquer que les processus de consultation et de décision sont un peu flous et que la place de l'information et de la presse n'a pas été pensée. « C'est une méthode qui se construit au fur et à mesure » plaide Mme Kosciusko-Morizet. Pour l'heure, on sait que la table ronde finale regroupera les collèges qui ont participé aux différents ateliers, qu'elle se conclura par 15 plans-programmes. Qui les annoncera et quand ? Quel rôle tiendra le président de la République dans cette phase finale ? On ne sait pas. Mais la secrétaire d'Etat envisage l'élaboration d'une loi issue du processus du Grenelle début 2008. Pour elle qui a défendu la Charte de l'Environnement, il y a plusieurs années, le débat parlementaire sur ce sujet a évolué et est beaucoup plus « pro-environnemental ».
Reste la question des taxes qui revient souvent. Selon Mme Kosciusko-Morizet, la réponse est claire : « l'environnement n'est pas un prétexte pour lever de nouveaux impôts ». Il faut aussi éviter l'écueil d'une fiscalité punitive « je vous taxe parce que vous polluez, et polluer c'est mal », et s'orienter davantage vers un système de bonus-malus, encouragement à acheter des voitures peu émettrices de gaz à effet de serre, crédits d'impôt… Face à la critique concernant le caractère franco-français de l'exercice du Grenelle et à la méconnaissance du cadre législatif européen de certains acteurs, la jeune femme reconnaît que c'est une faiblesse du processus, tout en soulignant le vif intérêt qu'y portent nos voisins européens, et la demande de certains d'organiser un événement semblable à l' échelle européenne lors de la présidence française. Enfin, la secrétaire d'Etat note d'ores et déjà quelques points positifs liés au Grenelle : la participation du public, le rapprochement entre les associations de protection de l'environnement et les syndicats, et la qualité des débats, qui suscitent parfois de vives réactions, comme cette demande établie à l'unanimité par les participants à l'atelier sur la biodiversité d'arrêter le projet de mine Cambior en Guyane qui a fâché les industriels concernés. Quant à l'après-Grenelle, Mme Kosciusko-Morizet y pense déjà et note une forte demande des associations d'institutionnaliser le dialogue entre le gouvernement et elles. S'orientera-t-on vers une conférence annuelle des associations, sur le modèle de la conférence annuelle salariale ?
Se poserait alors la question des critères de légitimité des associations, la biodiversité de ces dernières étant importante !

 

Compte-rendu du petit-déjeuner JNE-Ademe du 4 octobre 2007 :

Le contre-Grenelle de l'environnement

Avec Francine Bavay, vice-présidente (Verte) de la région Ile-de-France, et Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau Sortir du Nucléaire

Par Christine Virbel

Francine Bavay, vice-présidente chargée du développement social, de l'économie sociale et solidaire, de la santé et du handicap du Conseil Régional d'Ile de France et Stéphane Lhomme, porte-parole du collectif Sortir du Nucléaire ont rencontré les JNE mardi 4 octobre pour leur exposer les raisons de leur opposition au Grenelle de l'environnement, et de leur participation au Contre-Grenelle de l'environnement, le 6 Octobre, aux côtés des animateurs du journal La Décroissance.

Francine Bavay a tout d'abord précisé que le Grenelle avait un point positif, celui de reconnaître les associations et de discuter avec elles. D'une manière générale, les deux interlocuteurs ont expliqué que leur crainte était que le Grenelle ne soit que « purement formel » et ont jugé qu'il ne traitait pas des problèmes de fond, à savoir pour Francine Bavay, un changement de mode de vie, comme le pratiquent déjà de jeunes actifs préférant gagner moins mais en vivant de façon plus écologique, et pour Stéphane Lhomme « un arrêt total du nucléaire, ne contribuant pas à l'abaissement des émissions de CO2 si l'on considère l'énergie utilisée pour la production d'uranium de moins en moins accessible ou son transport, sans compter les déchets radioactifs pour des centaines de milliers d'années. »

Francine Bavay a indiqué que les interventions en faveur de l'environnement devaient se faire en amont, dans le cadre d'une « syndicalisation de l'environnement », qu'il fallait « établir d'autres indicateurs tels que le taux de pollution, les flux de matières » pour mesurer l'état de développement des pays (plus seulement le PIB) et que plutôt que de donner une couleur « verte » à l'actuel système économique, il fallait « une rupture qui de toute façon se fera d'ici 40 ou 100 ans lorsqu'il n'y aura plus de pétrole ». La solution, selon Francine Bavay, étant de re-localiser le travail pour éviter les transports de marchandises, en un mot, produire sur place.

Stéphane Lhomme a expliqué que « le Grenelle risquait d'avoir un contre-effet en faisant croire aux gens que l'environnement était dorénavant pris en compte mais que les mesures qui allaient en sortir ne seraient prises que si elles représentaient un coût zéro, voire un bonus pour le gouvernement, notamment par le biais des amendes pour excès de vitesse si l'on baissait la vitesse de 10 km/h. » Concernant le nucléaire, après avoir rappelé que le parc nucléaire était  « l'un des plus grands pollueurs chimiques des rivières en raison de l'utilisation de produits chlorés pour tuer les légionelloses présentes dans les tours de refroidissement, mais aussi du zinc, du cuivre… », Stéphane Lhomme a expliqué que « le nucléaire n'est pas une solution énergétique puisqu'il ne représente que 2% de la part de l'énergie dans le monde, en régression d'ailleurs avec 445 centrales dans le monde en 2005 et 432 en 2006 ; que l'Allemagne, qui se désengage du nucléaire, fournit de l'électricité à la France (5,5 TWH en 2006) selon des documents officiels de rte.fr et que la fusion est purement expérimentale mais pollue d'ores et déjà. »

Les deux interlocuteurs ont invité les JNE au grand forum alternatif et citoyen du 21 octobre à Paris.

 

En direct des blogs

Le 03/10/07

Même pas peur !

Par Catherine Levesque

Article paru sur le blog du journal 20 minutes

Jean-Louis Borloo a présenté cette après-midi le vaste chantier du Grenelle aux députés de l'Assemblée nationale. Durant près de trois heures, les parlementaires ont exprimé tour à tour leurs réserves et leurs espoirs quant aux différentes propositions émises la semaine dernière par les groupes de travail. Inquiète sur les moyens à mobiliser pour concrétiser les mesures envisagées, l'opposition n'a pas caché sa crainte de voir le Grenelle se transformer en « Groenland de l'environnement », qui fonderait comme glace au soleil. Elle n'a pas manqué de signaler les contradictions entre le double langage du gouvernement (sur le nucléaire et les OGM notamment) et les projets affichés pour cette grande rupture, qu'un député a comparée à la rupture philosophique des Lumières, au XVIIIe siècle.

Yves Cochet a pour sa part déploré le manque de hiérarchisation des mesures proposées, prônant notamment un moratoire sur la construction des autoroutes et considérant le développement durable comme « une illusion, un oxymore philosophique ».

A l'inverse, Jean-Louis Borloo maintient que la croissance n'est pas incompatible avec le respect de l'environnement. Le succès de ce Grenelle, comparé à un « laboratoire », constituerait selon lui « une bonne nouvelle pour la gouvernance internationale ».

Certains ont regretté, outre l'absence de chiffrage, le manque d'expertise scientifique dans les débats et insisté sur le besoin de « légitimité démocratique » du Grenelle. L'adoption d'une loi-cadre est envisagée, mais « sans urgence », compte tenu de la complexité des dossiers.

Nicolas Dupont-Aignan a quant à lui mis le doigt sur la nécessité d'une remise en question des règles de l'OMC, qui incitent à la délocalisation.

Dans la foulée, Nicolas Sarkozy a exprimé devant la majorité parlementaire sa propre vision de la rupture en martelant son refrain favori : « Le problème des Français, c'est qu'ils travaillent moins que les autres ». Message reçu : relevons-nos manches pour le gros chantier écologique qui nous attend…

Catherine Levesque - http://grenelle.blog.20minutes.fr

 

 

 

Faux « pré-Grenelle » pour vrais pro-nucléaires

Par Claude-Marie Vadrot

Un étrange colloque est programmé le 10 octobre prochain au Sénat, sous l'égide des sénateurs Pierre Laffite (ingénieur général des mines et représentant pour la majorité des Alpes-Maritimes) et Claude Saunier (socialiste également pro-nucléaire) avec le soutien du professeur Georges Charpak, autre chantre bien connu des centrales EDF. Le colloque est présenté comme le « pré-Grenelle » (???) de l'environnement avec le soutien de l'Académie des Sciences, pépinière bien connue de farouches partisans du nucléaire.

Après tout, si ces gens ne se présentaient pas comme un « pré-Grenelle, ce serait leur droit le plus strict. Mais l'examen des associations qui organisent cette journée de discussion est beaucoup plus intéressant et permet d'avoir quelques doutes.

D'abord, on y trouve quelques-unes des associations les plus réactionnaires en matière de « protection du paysage » : la Société pour la protection du paysage et de l'esthétique fondée en 1901, Vieilles maisons de France, le Comité des parcs et jardins de France, la Ligue urbaine et rurale (avatar d'Espaces pour demain depuis 2004) et Demeures historiques dont le Conseil d'administration compte 6 roturiers sur 27 membres, les autres étant tous représentants de la noblesse.

Ensuite, il y a la Société française de l'énergie nucléaire et l'association des écologistes pour le nucléaire créée en 1996 avec les sous de Framatome. Et puis l'association Ecologie radicale, association dont le parrain officiel n'est autre qu'un certain Jean-Louis Borloo, puisque ce groupuscule est un appendice du Parti radical qu'il copréside.

Parmi les orateurs du colloque, on trouve notamment un certain Bertrand Barré, auteur du livre (donné, pas vendu) «  Tout sur l'énergie nucléaire  », publié par AREVA. On ajoutera - cerise sur le gâteau - que les débats seront animés par notre « confrère » Emmanuel Grenier, partisan bien connu du nucléaire et trésorier de l'Association des Journalistes de l'Environnement. On complétera, provisoirement, le CV du confrère, en précisant qu'il fut candidat à la dernière élection européenne sur la liste de Jacques Cheminade, pseudo-gauchiste représentant en France de la secte politique de l'Américain Lyndon Larouche qui marie la religion de la science, du culte de la personnalité et l'anti-sémitisme.

Le plus surprenant (encore que...) est que dans les organisateurs, on trouve également le Mouvement national de lutte pour l'environnement, minuscule association liée à ce qui reste de pur et dur au Parti communiste.

En lisant les projets de recommandations (déjà écrites) de ce colloque on y découvre que l'un des objectifs est de « supprimer l'obligation d'achat de l'électricité éolienne et photovoltaïque  » !

Alors - bon sang mais c'est bien sûr ! - les adversaires déclarés des éoliennes (près de leurs châteaux) se sont alliés avec les pro-nucléaires pour annoncer solennellement, avec la bénédiction de Borloo et en usurpant le terme de « Grenelle », la condamnation de l'énergie éolienne et de l'énergie solaire au nom de la protection de nos paysages. Puisqu'il est bien connu

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