Une énergie : le vent /Eolienne

Par Emmanuel ANGLEYS  

   PARIS, 16 avr 2008 (AFP) - A l'instar des OGM, le développement de l'éolien, qui figure parmi les objectifs du Grenelle de l'environnement, déchaîne les passions et suscite la polémique entre partisans et adversaires de cette technologie.

   Les anti-éoliennes estiment qu'elles défigurent inutilement le paysage, que les décisions d'installation sont prises dans l'opacité et que derrière tout cela, il y a une affaire de gros sous.

   Leurs défenseurs font valoir les bienfaits écologiques de cette énergie renouvelable et ses retombées économiques positives.

   "L'éolien se substitue à d'autres sources d'énergie émettrices de gaz à effet de serre" (GES), responsables du dérèglement climatique, comme le charbon, le pétrole ou le gaz, a souligné mardi Jean-Yves Grandidier, porte-parole de France énergie éolienne, du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

   L'éolien va aider la France à atteindre ses objectifs de réduire de 20% ses émissions de GES et porter sa part d'énergies renouvelables à 23% de sa consommation d'énergie d'ici 2020, a-t-il plaidé lors d'un débat contradictoire organisé par l'association des Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie.

   Le Grenelle de l'environnement vise l'installation de 8.000 éoliennes en France d'ici 2020 contre environ 2.000 actuellement.

   A cette échéance, l'éolien représenterait ainsi 10% de notre consommation électrique, selon le SER.

   Pour Cédric de Saint Jouan, vice-président de France énergie éolienne, "l'éolien est le noyau dur du Grenelle, ne pas le soutenir revient à ne pas soutenir le Grenelle".

   Mais les associations de défense des paysages déplorent avoir "été exclues du Grenelle de l'environnement". "C'est le Syndicat des énergies renouvelables qui fait la loi", s'est indigné Jean-Louis Butré, président de la Fédération environnement durable.

   "L'éolien c'est une affaire d'argent. Les trois quarts des maires veulent des éoliennes pour récupérer la taxe professionnelle", s'est insurgé Robert Werner, administrateur de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France.

   "Il y a des démarcheurs qui appellent les maires. L'éolien industriel, on le met n'importe où. Sur 10 permis déposés, il y en a 6 devant les tribunaux. Il faut arrêter le mitage du paysage", s'est-il indigné.

   Les éoliennes devront être installées "prioritairement sur les friches industrielles, et loin des sites emblématiques", avait déclaré le président Nicolas Sarkozy dans son discours de conclusion du Grenelle le 25 octobre.

   Chaque décision d'installation d'éolienne est précédée d'une enquête publique préalable, fait valoir Cédric de Saint Jouan.

   Des enquêtes "opaques", selon Robert Werner. "Il faudrait des référendums populaires", a renchéri Jean-Louis Butré.

   "On est dans un système où l'argent peut tout corrompre", a-t-il dénoncé, estimant que "le lobby de l'éolien est dix fois plus fort que Monsanto".

   Le SER fait valoir le poids économique de la filière: "l'éolien c'est 5.000 emplois directs actuellement et 60.000 d'ici 2020, 2 milliards d'euros aujourd'hui et 13 milliards d'activités générées en 2020", selon Jean-Yves Grandidier.

   Si la carte des projets d'éoliennes évite l'Aquitaine et la Côte d'Azur, c'est parce que "les régions riches sont protégées. Les propriétaires des grands vins de Bordeaux ne veulent pas d'éoliennes chez eux", assure Jean-Louis Butré.

   Pour le porte-parole de France énergie éolienne, c'est tout simplement parce que "ce sont des régions où il n'y a pas de vent".

 

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE Paris, le 8 février 2008

LA FILIERE EOLIENNE FRANCAISE AFFIRME SON DYNAMISME ET SA COMPETITIVITE

Avec 888 Mégawatts (MW) installés l'an dernier, notre pays se place parmi les plus dynamiques du marché européen. La puissance totale de notre parc atteint 2 455 MW, ce qui permet d'alimenter l'équivalent de deux millions de foyers en électricité. La filière éolienne française emploie aujourd'hui près de 5 000 personnes ; en 2020, un parc de 25 000 MW, tel que projeté lors du Grenelle de l'Environnement, représentera 60 000 emplois.

Le parc mondial a augmenté, en 2007, de 20 000 MW, portant ainsi la capacité totale à 94 000 MW. La France se situe actuellement au 3ème rang européen en termes de puissance annuelle installée, derrière l'Allemagne et l'Espagne.

Ce développement de l'énergie éolienne dans notre pays se produit au moment où l'électricité éolienne devient, face à la montée des prix de marché de l'électricité (+13,5€ / mégawattheure), de plus en plus compétitive, comme le confirme la Communication du 23 janvier 2008 de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE) relative aux charges de service public de l'électricité (CSPE) et à la contribution unitaire pour 2008.

Rappelons que la CSPE est payée par chaque consommateur sur sa facture d'électricité et couvre, essentiellement, les surcoûts résultant de l'obligation d'achat de l'électricité produite par certains types d'installations (éoliennes, petite hydraulique, cogénération…), de production dans les zones non interconnectées (tels les départements d'outre-mer), et ceux résultant de la mise en œuvre du tarif électrique « produit de première nécessité ».

La CRE constate que la part de la CSPE 2008 générée par le tarif d'achat de l'électricité éolienne diminuera quant à elle « malgré un fort développement des énergies renouvelables, en particulier de l'éolien ».

Le parc éolien français représentera, pour chaque foyer, en 2008, un coût annuel de 50 centimes d'€.

Enfin, comme l'indique RTE dans son bilan prévisionnel 2007, cette filière est également bénéfique pour l'environnement car elle contribue à réduire nos émissions de gaz à effet de serre : « l'installation d'éoliennes réduit les besoins en équipements thermiques nécessaires pour assurer le niveau de sécurité d'approvisionnement souhaité. On peut en ce sens parler de puissance substituée par les éoliennes ». Actuellement, notre parc éolien permet d'éviter l'émission annuelle de plus d'un million de tonnes de CO2.

Le Syndicat des énergies renouvelables est l'organisation professionnelle qui regroupe les industriels de l'ensemble des filières énergies renouvelables : biomasse, bois, biocarburants, éolien (France Energie Eolienne), géothermie, hydraulique, solaire thermique et photovoltaïque.

Contacts presse :
France Energie Eolienne / Agence Open Space Syndicat des énergies renouvelables
Alexandra ROMANO : alexandra@openspace.fr
Françoise JOUET : francoise.jouet@enr.fr
01 47 64 19 80 / 06 17 40 04 26 01 48 78 05 60 / 06 07 38 52 79

Valérie FUCHS : valerie@openspace.fr
Benoit SEVENO : benoit.seveno@enr.fr
01 43 67 94 38 / 06 62 49 64 85 01 48 78 70 93

 

 

L'éolien contribue à la diminution des émissions de CO2

Paris, le 15 février 2008

Ministère de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durables
Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie

Note d'information

Dans le cadre de la politique de lutte contre le changement climatique et d'amélioration de la sécurité d'approvisionnement énergétique, le Gouvernement a réaffirmé la nécessité de développer les énergies renouvelables. Les engagements pris à l'occasion du Grenelle environnement vont conduire à développer significativement toutes les filières.

En 2007, la puissance totale du parc éolien français a atteint près de 2 500 MW, plaçant ainsi la France au 3ème rang européen en termes de puissance annuelle installée, derrière l'Allemagne et l'Espagne. Sur l'année 2008, l'éolien permettra d'éviter l'émission de 1,65 MT de CO2. Le ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables et l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) souhaitent apporter un certain nombre de précisions.

 

L'Union européenne et la France ont fixé des objectifs ambitieux de développement des énergies renouvelables

Le développement des énergies renouvelables, associé à une politique ambitieuse d'économies d'énergie, s'inscrit dans l'objectif de diversification des approvisionnements énergétiques de la France, dans le cadre de la stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20% défini par le Conseil Européen de mars 2007.

L'objectif fixé par le Grenelle environnement est de réduire la part des énergies carbonées et d'augmenter la part des renouvelables de 20 Mtep1 en 2020 afin d'atteindre une proportion d'au moins 20% d'énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie. Ceci suppose une augmentation de toutes les énergies renouvelables.

Parallèlement, les données du gestionnaire du Réseau de Transport d'Electricité (RTE) indiquent que la consommation d'électricité continue à croître malgré les efforts de maîtrise de la demande d'électricité. Le premier objectif est donc de réduire la consommation d'énergie. A cet effet, l'ADEME vient de modifier sa politique d'accompagnement des projets portant sur les énergies renouvelables. Ses aides aux énergies renouvelables sont désormais conditionnées à une étude préalable d'efficacité énergétique: avant de produire plus d'énergie, il faut avant tout réduire au maximum les besoins de consommation.

 

Des scénarios prévisionnels du RTE qui démontrent la réduction des émissions de CO2 associées à la croissance du recours à l'éolien

La production éolienne se substitue essentiellement à des productions à partir d'énergies fossiles, comme le montrent les scénarios prévisionnels du RTE.

Le RTE (Bilan prévisionnel de l'équilibre offre demande d'électricité en France, édition 2007) a élaboré plusieurs scénarios de croissance des consommations et du parc de production d'électricité en France à l'horizon 2015. La majorité des scénarios intégraient un développement de l'éolien qui passait de 2 200 MW en 2006 à 15 000 MW en 2015.

Dans ces scénarios, une réduction nette des émissions de CO2 du système électrique est prévue entre 2006 et 2015 (entre 15 et 35 %).

En 2020, un parc de 25 000 MW devrait permettre d'éviter l'émission par le secteur énergétique de 16 millions de tonnes de C02 par an.

 

L'énergie éolienne est certes intermittente, mais prévisible à court terme et peut contribuer significativement à l'équilibre du réseau à l'échelle du territoire.

La variabilité de l'énergie éolienne est une réalité physique mais les progrès de la modélisation et de la prévision météorologique permettent de les anticiper de mieux en mieux. En quelques décennies, malgré la variabilité de nos consommations électriques, les gestionnaires de réseaux électriques ont réussi à prévoir les variations de l'appel de puissance des consommateurs. Ceci en fonction d'une multitude de facteurs : jour de la semaine, heure, saison, température, humidité, etc.

L'analyse du dernier bilan prévisionnel du RTE démontre que la productivité du parc éolien français est largement supérieure à la moyenne européenne. Cette spécificité s'explique par le caractère particulièrement avantageux des régimes de vent français (deuxième gisement éolien en Europe, derrière la Grande-Bretagne). En France, comme le montrent les atlas éoliens départementaux et régionaux réalisés par l'ADEME en partenariat avec les acteurs territoriaux, nous disposons de trois régimes climatiques différents et complémentaires : océanique, continental et méditerranéen. De ce fait, le vent souffle toujours quelque part dans l'hexagone. Les éoliennes étant déployées sur l'ensemble du territoire, elles peuvent donc continuer à approvisionner le réseau électrique national.

Par ailleurs, contrairement à certaines affirmations, l'électricité d'origine éolienne ne nécessite pas une puissance équivalente en centrale thermique pour pallier ses variations.

Selon les experts du gestionnaire du Réseau de Transport d'Electricité, un parc éolien national d'une puissance de 10 000 MW, réparti sur les trois régions climatiques, apporte la même puissance garantie que 2800 MW de centrales thermiques à flamme, évitant ainsi les émissions de CO2 associées.

Le coût de la filière est de mieux en mieux maîtrisé

Une analyse de l'ADEME des données du RTE montre que les émissions de CO2 évitées par l'éolien sont de 300 g/kWh. Une étude du RTE sera conduite prochainement pour affiner ce résultat. La Commission de Régulation de l'Energie (CRE) prévoit par ailleurs pour 2008 une production de 5,5 TWh qui représentera donc 1,65 million de tonnes de CO2 évitées (sur un total d'émissions françaises d'environ 500 millions).

La montée en puissance de l'éolien se traduira, suivant les prévisions de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE) du 23 janvier 2008 relatives aux charges de service public de l'électricité (CSPE) et à la contribution unitaire pour 2008, par un coût de 92M€; cela équivaut à un coût de la tonne de CO2 évitée par l'éolien estimée à environ 56 €.

Par ailleurs, la CRE estime le MWh éolien à 85 € contre 68,6 € pour l'électricité du marché (+ 13 € par rapport à 2006). Le surcoût payé par EDF est donc de 16,4 € par MWh (contre 29,4 € par MWh en 2006 et 60 € par MWh en 2001). Sur la base de 384 TWh soumis à la CSPE, le coût de l'éolien, pour le consommateur, est donc de 0,024 centimes d'€ par kWh consommé. Pour un ménage français qui consomme 2 500 kWh/an (hors chauffage électrique), le coût est donc de 0,6€/an.

Contacts presse :
ADEME - H & B Communication :
Nadège Chapelin 01 58 18 32 45 - n.chapelin@hbcommunication.fr
Service d'information et de communication du ministère : 01 40 81 89 84

 

 

En débat - Le 08/02/08  

Le Grand Tétras dans la tempête

Par Vincent Munier

Lorsque l'énergie renouvelable tente de s'imposer aux dépens de la biodiversité… Un paradoxe ? En fait, un vrai danger, qui plane au-dessus des crêtes vosgiennes, entre le col du Bonhomme et le col du Louschbach : cinq éoliennes au pays du Grand Tétras, espèce au bord de l'extinction, qui n'avait nul besoin de cette menace supplémentaire.

Historiquement il s'agissait d'abord d'un projet interdépartemental comportant 6 éoliennes : 3 coté vosgien et 3 côté alsacien. Les Vosges (région Lorraine) ont refusé  le projet. Raison ? Dégradation du paysage. Le porteur de projet, Ostwind, a donc totalement basculé sur l'Alsace.
La plaine d'Alsace, où souffle trop rarement le vent, n'offrant pas le site idéal pour l'implantation d'éoliennes, Ostwind a tourné le regard vers les crêtes vosgiennes, l'un des paysages les plus spectaculaires du Nord-Est de la France. Quitte à le défigurer… Mais là ne se limite pas le danger. C'est le lieu d'une grande biodiversité qui ne manquera pas d'être altérée par cette intrusion prévue sur une zone d'habitat du Grand Tétras.
Ce coq de bruyère est l'oiseau emblématique par excellence de notre massif, l'un des plus beaux symboles des forêts à haute naturalité, riches en espèces animales et végétales.

Le danger qui guette ce magnifique animal n'est pas une vue de l'esprit d'écolo-paranos. Quelques chiffres suffisent à prendre la mesure des dégâts : on recensait 500 grands tétras en 1972, 350 en 1989, et seulement 100 en 2007… (Source : Groupe Tetras Vosges/ ONCFS ) Combien en restera-t-il en 2010 ?

Ces dernières années, les acteurs de la montagne dont le CSL (Conservatoire des Sites Lorrains), le GTV (Groupe Tétras Vosges), l'ONF (Office National des Forêts) et le PNRBV (Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges) ont énormément travaillé en faveur de cette espèce, notamment dans le cadre de la mise en place des périmètres Natura 2000. Et les résultats sont là : la population ne régresse plus. Sur certaines zones, elle a même augmenté. Il y a donc bel et bien un espoir !

Ou plutôt il y avait un espoir… jusqu'à ce que surgisse cette idée incongrue d'éoliennes dans le paysage. Et cela à guère plus d'un kilomètre d'une des places privilégiées par cet oiseau pour y réaliser sa parade nuptiale, en période délicate de reproduction, pour laquelle la plus grande tranquillité lui est impérativement nécessaire.

On vient soudain y semer le trouble alors même qu'on y avait apporté la preuve qu'un effort commun peut arrêter un processus de régression.

Alors, bien sûr, non contents des conclusions des spécialistes vosgiens et pour donner le change, deux experts tétras choisis et payés par OSTWIND ont été dépêchés des Pyrénées et du Jura afin d'évaluer l'impact des éoliennes sur la zone, experts qui ont pris grand soin d'éviter de rencontrer les spécialistes vosgiens de l'espèce et qui, après une seule journée sur le terrain, en compagnie du porteur de projet Ostwind, ont délivré des conclusions d'une déconcertante légèreté. A commencer par des références au tétras lyre, une autre espèce de gallinacé qui ne présente pas du tout la même biologie.

Nulle part dans le rapport rendu par ces experts - visiblement débarqués avec un à priori favorable au projet - il n'est fait mention de la situation critique de l'oiseau, dont la population s'avère la plus fragile de France ! Et c'est pourtant bien elle qui va, dans les faits, servir de « cobaye » pour évaluer l'impact des éoliennes sur l'espèce.

Nombre de données nous sont encore inconnues concernant cet oiseau et son environnement. Dans ces conditions, le bon sens voudrait que s'applique le principe de précaution.

Manifestement il fallait coûte que coûte démontrer la totale innocuité de ces cinq éoliennes sur leur site d'adoption. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Le piètre bilan énergétique de ces cinq appareils justifie-t-il qu'on défigure les crêtes vosgiennes (hauteur totale de 149 mètres à comparer aux 142 mètres de la cathédrale de Strasbourg…), l'un des derniers bastions de la nature sauvage dans le Nord-Est de la France ?

Mon métier de photographe naturaliste m'amène à réaliser des conférences et projections partout dans le monde. Et donc à montrer les clichés de ma région, les Vosges. Récemment des personnes comme Kathy Moran (chief editor photo du National Geographic de Wahsington) ou Rosamund Kidman Cox (chief editor du BBC wildlife magazine) se sont dites subjuguées par la beauté de ce massif à cheval sur la Lorraine et l'Alsace. Et avouaient leur surprise de ne pas en avoir entendu parler ! Car oui, les Vosges offrent ce caractère unique qui fait d'elles un magnifique écrin de nature, où se logent des perles rares et précieuses, dont le Grand Tétras. Mais pour combien de temps encore ?

Ce projet, s'il prend corps, engage la marche arrière dans la lutte contre l'extinction du Grand Tétras. Peut-on se permettre ce luxe ? Il est si facile de faire disparaître une espèce… Apparemment certains ne s'embarrassent pas de ce genre de questions. L'homme s'impose. Toujours un peu plus. Et s'interroge peu. A coup d'arguments fallacieux balancés pour la forme, il chasse d'un revers de main indifférent des questions aussi « secondaires » que le devenir des espaces naturels et des espèces sauvages.

C'est que le tétras joue, bien malgré lui, les empêcheurs de développer en rond (le tourisme, les routes, les exploitations en tous genres), tout en ayant « l'indécence » de ne pas rapporter un sou. Encore que ce coq de bruyère est un fleuron régional, le symbole de la richesse de notre milieu naturel. Mais comment traduire cette qualité en espèces sonnantes et trébuchantes ? La prise de conscience de l'importance, de la richesse d'un habitat authentique accueillant une faune diversifiée ne pèse pas lourd dans la balance économique… Pire, l'argent tout puissant a même réussi l'exploit de faire baisser leur garde aux protecteurs locaux : quelques subventions supplémentaires opportunes, saupoudrage de mesures dites compensatoires, et certaines associations se sont détournées de la question…
Quelle tristesse.

Il n'est pas question de remettre en cause l'urgence, à tous les niveaux, de développer de nouvelles énergies, renouvelables qui plus est. Mais dans la précipitation, prenons garde de ne pas sacrifier un pan de la nature pour en sauver un autre. Car lorsque le processus de destruction est engagé en matière de biodiversité, il s'avère extrêmement difficile de faire machine arrière. En l'espèce, il est urgentissime de s'en remettre au bon sens sans se laisser polluer par les sirènes, séduisantes mais purement mercantiles, de certains élus, de quelque bord politique qu'ils soient, et de certains promoteurs de projets. Le Grand Tétras vaut bien mieux que ça.

Le développement durable, ce n'est pas le sacrifice de la biodiversité sur l'autel des énergies renouvelables.

Vincent Munier , Le 31 janvier 2008


Simulation de l'implantation des éoliennes.
Vue à proximité du chemin de crête du Gazon du Faing (GR5).
Au premier plan les Hautes Chaumes et la Réserve Naturelle de Tanet-Gazon du Faing
Site à haute valeur esthétique.

Pour plus d'informations sur la véracité de cette simulation cliquer ici :
http://etudiantnancy.ifrance.com/eolienne.html

Vincent MUNIER – Photographe professionnel- photo@vincentmunier.com - www.vincentmunier.com

 

 

Les éoliennes, le Grand Tétras et autres zoiseaux

Par Claude-Marie Vadrot

J'ai lu attentivement le texte de Munier depuis l'Argentine. Et sur les éoliennes, ce discours ne me convient pas car le rétropédalage sur la biodiversité qui serait menacée par les éoliennes me paraît ressembler à la lutte de Don Quichotte sur les moulins à vent. Relisez à ce propos ce qu'en disait Sancho Pança qui avaient les pieds sur terre. Pour être plus moderne, je me référerais à Allain Bougrain-Dubourg qui, une fois pour toutes, a fait justice au fantasme des éoliennes qui seraient des moulinettes à oiseaux. Rien à craindre donc, sauf, peut-être pour quelques chauves-souris. Et encore.
J'en ai un peu ras le bol des post-modernes qui aiment les éoliennes et leur énergie renouvelable à condition qu'elles tournent ailleurs, chez les autres, plus loin. Et que l'on me pardonne aussi cette incongruité : si l'on peut réduire les dégagements de gaz à effet de serre, même au prix éventuel de quelques tétras, franchement, je m'en fous. Ou alors, soyons logiques et rétros jusqu'au bout ; interdisons les routes et les voitures qui détruisent chaque année quelque tétras et quelques rapaces nocturnes ou diurnes !
Je sais que je vais choquer beaucoup d'entre vous en disant cela. D'autant plus que derrière la « protection » de quelques tétras dans les Vosges ou ailleurs, se cachent évidemment les nostalgiques du paysage et de la nature décor, ceux qui ne sont jamais partis en campagne, que je sache, contre les pylônes à haute ou très haute tension qui couvrent le pays depuis des dizaines d'années et ont voté pour le président écolo-menteur. Et n'oublions pas les grandes surfaces banlieusardes aux architectures lamentables qu'il souhaite multiplier à la demande de Jacques Attali.
Or, je vous demande bien pardon, mais les éoliennes, en plus je les trouve belles, très belles. Il n'y a que les Français qui mènent contre elles des combats d'arrière-garde. Alors, par pitié, arrêtons de regarder l'avenir tourné vers un passé qui, par définition, ne reviendra pas et consacrons nos efforts à dénoncer la politique d'un président qui a jeté par dessus les moulins sa déclaration d'amour à l'écologie pour se consacrer à une belle italienne qui le fera, je l'espère tourner en bourrique.
Vive le vent !

Communiqué

L'ADEME et le cherche midi éditeur publient L'ENERGIE DU VENT
Les éoliennes au service des hommes et de leur planète

Le développement de l'éolien suscite régulièrement des débats. Des préoccupations légitimes s'expriment. Afin d'apporter des réponses claires à toutes les questions posées et pour expliquer la place que cette énergie a dans l'arsenal des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre le changement climatique, l'ADEME et les éditions du Cherche midi coéditent « l'énergie du vent ».

L'énergie éolienne sera l'un des principaux contributeurs à l'objectif de 20 Mtep d'énergies renouvelables supplémentaires à mettre en œuvre d'ici 2020, figurant parmi les principales conclusions du Grenelle de l'environnement.

Collection « Ciels du monde »
160 pages  (25 x 28) Disponible en librairie - Prix : 35 euros

 

 

Tribune

Fièvre de l'éolien, bulle spéculative ou pari sur l'avenir ?

Jean-Marc Armitano – Président Directeur Général de la SA EOLE-RES
Jean-Yves Grandidier –Président de la SA VALOREM *

Après la bataille boursière du printemps dernier qui a vu s'affronter le français Areva avec l'indien Suzlon, pour la prise de contrôle du fabricant allemand d'éoliennes REpower, c'est l'exploitant de parcs éoliens La Compagnie du Vent qui vient de défrayer la chronique avec son acquisition par le groupe Suez sur la base d'une valeur d'entreprise de 630 millions d'euros. Plusieurs constructeurs et exploitants éoliens se sont introduits sur le marché boursier français ces derniers mois et ont connu également une croissance très significative de leur valorisation avec des PER moyens (ratios cours de bourse sur bénéfice par action) supérieurs à 20.

Face à cet engouement pour l'éolien certains Cassandre n'hésitent pas à parler de « bulle spéculative » en faisant un parallèle avec Internet et prophétisent son inévitable éclatement. Contrairement au miroir aux alouettes de la « nouvelle économie » des années 90, le développement de l'énergie éolienne s'inscrit dans une véritable révolution énergétique dont les fondamentaux sont solides et durables et qui repose sur des actifs bien tangibles et réels.

Le double défi de la raréfaction des ressources fossiles bon marché et du réchauffement climatique impose à la communauté internationale et aux Etats de mettre en œuvre un nouveau modèle de développement durable fondé sur le renforcement de l'efficacité énergétique allié au développement rapide et massif des énergies renouvelables.

De par sa maturité technique et économique, l'éolien constitue l'une des principales sources d'énergie capables de répondre à ces impératifs. L'énergie éolienne présente l'avantage majeur de ne pas rejeter de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Elle contribue également à notre indépendance énergétique et nous met à l'abri des aléas de la hausse des prix des combustibles fossiles. C'est aussi l'une des énergies les plus créatrices d'emplois au mégawatt installé. C'est enfin une activité qui dynamisme l'économie locale et contribue à l'aménagement du territoire.

Afin de soutenir son développement, les pays membres de l'Union Européenne ont mis en place les uns après les autres des mécanismes de soutien permettant de garantir la rentabilité des installations, que ce soit au travers du régime d'obligation d'achat ou de certificats verts.

Pour ces raisons, l'éolien est la filière énergétique qui a connu l'un des plus fort taux de croissance depuis quinze ans et va continuer à se développer très rapidement dans les prochaines décennies. Les capacités de production des constructeurs d'éoliennes sont saturées jusqu'en 2009, voire 2010 pour certains, et l'extension de leurs unités de fabrication et d'assemblage sont en cours pour assurer la croissance du marché à l'horizon 2020. La demande de fourniture d'aérogénérateurs devrait rester très forte avec l'émergence de nouveaux marchés (Chine, Inde, Maroc…) venant prendre le relais des pays pionniers (Danemark, Allemagne et Espagne). Le marché mondial de l'éolien est estimé à plus de 15 milliards d'euros en 2006 et selon les estimations de la banque HSBC (1) il devrait représenter, en cumulé, 270 milliards d'euros d'ici à 2020.

La France, qui connaît un doublement annuel de sa puissance éolienne depuis 2005, a pour objectif d'installer environ 25000 mégawatts (MW) sur terre et en mer d'ici 2020 contre 1500 MW à fin 2006. Depuis 2001, le tarif d'achat de l'électricité y est garanti contractuellement par EDF sur 15 ans. L'existence d'un contrat à long terme assure un très bon degré de prédictibilité des revenus futurs des installations de production éoliennes. Elle permet de réaliser une analyse de la valeur basée sur une vision à long terme par l'actualisation des flux financiers ( Discounted Cash Flow ) générés par les parcs en exploitation. Cette méthode permet également d'extrapoler la valeur des portefeuilles de projets en cours de développement qui constituent de véritables actifs qui se transformeront en sites opérationnels dans les années à venir. Pour ces raisons, les analyses réductrices du PER ou des multiples du chiffre d'affaires reflètent infidèlement l'économie de ce secteur d'activité aux cycles longs (développement de projets sur 5 ans en moyenne, exploitation des parcs sur un minimum de 20 ans). C'est donc en se fondant sur une méthode d'analyse des actifs et de leurs cash flow futurs, usuelle dans le monde des énergéticiens, que les grandes «  utilities  » européennes (à l'instar de Suez, Iberdrola ou Eon) déterminent la valeur intrinsèque des opérateurs éoliens et de leurs portefeuilles de projets.

Les fortes valorisations que connaissent depuis plusieurs mois les entreprises du secteur éolien reposent donc sur de la véritable substance et de vraies perspectives de forte croissance. Loin d'un phénomène de bulle spéculative, l a hausse structurelle des prix des énergies fossiles, ainsi que les indispensables mesures visant à limiter le réchauffement climatique, pourraient même encore accroître la valeur de ces entreprises dans les prochaines années.

JM Armitano et JY Grandidier sont tous deux anciens présidents de la fédération française de l'énergie éolienne ( France Energie Eolienne )

(1) Intervention de Jon Williams, Chef du groupe Développement Durable de HSBC Holding, lors du séminaire “Low Carbon, High Hopes: Making Climate Action Work for Development” qui s'est tenu le 19 octobre 2007, lors de la conférence annuelle de la Banque Mondiale et Fond Monétaire international.

 

 

 

Eoliennes : l'énergie de recours ?

Compte-rendu du petit-déjeuner avec France Energie Eolienne

Par Roger Cans

A l'occasion du Grenelle de l'environnement, les promoteurs de l'énergie éolienne ont présenté le 16 octobre2007 aux JNE les perspectives qui, selon eux, attendent cette très vieille énergie qu'est le vent.

Le président de France Energie Eolienne, Jean-Yves Grandidier, s'est montré d'emblée optimiste au vu du bilan. Certes, la part de l'électricité consommée en France à partir du vent est encore modeste – un peu plus de 1% en 2007 – mais, « depuis trois ans, on double chaque année la puissance installée ». En 2006, une capacité de1.500 mégawatts a été montée, au prix de 1,2 milliard d'euros d'investissements, ce qui place la France au huitième rang des pays éoliens – loin derrière l'Allemagne, l'Espagne et le Danemark. La filière a permis de créer 5.000 emplois en France, afin de monter et d'entretenir les 1 700 éoliennes qui tournent aujourd'hui dans l'Hexagone. Si les aérogénérateurs sont presque toujours fabriqués à l'étranger, de nombreux éléments sont déjà produits en France.

Et les perspectives s'annoncent prometteuses. D'une part, parce que le gisement d'énergie éolienne en France est le deuxième en Europe après celui du Royaume-Uni. D'autre part, parce que l'énergie éolienne est la seule filière capable d'atteindre l'objectif fixé par l'Union européenne : 21% d'électricité renouvelable en 2010. Ce qui demande à la France un effort de 6% puisque, actuellement, elle atteint 15% d'énergies renouvelables, grâce surtout à l'hydroélectricité. France Energie Eolienne mise sur un développement très rapide : 1.300 MW installés en 2008, 1.600 MW en 2009, près de 2.000 MW en 2010, etc., ce qui déboucherait sur environ 25.000 MW installés en 2020, soit 12% de l'électricité consommée en France.

Ces intéressantes perspectives, toutefois, butent en France sur un obstacle majeur : la durée d'instruction de l'étude d'impact pour obtenir le permis de construire. « En Turquie, en Pologne, aux Etat-Unis, les choses vont très vite, explique Eric Scotto, président de Perfect Wind. Mais en France, il faut souvent plus de deux ans pour obtenir le feu vert ». L'avocat du groupe, Fabrice Cassin, regrette que les délais ne soient pas respectés en France pour l'éolien. Si l'enquête publique dure souvent un an, le permis de construire dépasse toujours le délai normal de 5 mois. Cette inertie de l'administration – et des élus – constitue une entrave majeure au développement de l'éolien en France, le seul pays où les délais sont si longs. « On ne demande pas la suppression de l'enquête publique, souligne Jean-Michel Germa, président de la Compagnie du Vent, mais seulement que la réponse de l'administration – positive ou négative – arrive dans des délais décents ». A l'occasion du Grenelle de l'environnement, les promoteurs de l'éolien demandent aussi la création d'un « comité national éolien », ainsi que des tarifs d'achat adaptés pour les zones moins ventées.

Le développement de l'éolien serait aussi entravé par le lobbying des compétiteurs qui, par l'intermédiaire d'associations comme Vent de colère ou Vent du bocage, multiplient les argumentaires volontairement trompeurs. Notamment celui qui prétend que chaque aérogénérateur induit l'émission de gaz à effet de serre parce que, faute de vent, il faut mettre en marche une turbine thermique pour y suppléer. « C'est absolument faux, martèle Jean-Yves Grandidier : une éolienne tourne à sa puissance maximale de 80% à 85% du temps. Au contraire, chaque aérogénérateur mis en service dispense de recourir à une centrale thermique ». Preuve en est que l'Allemagne, avec 22.000 MW éoliens installés, a diminué ses émissions de CO2 de 17%. Même un organisme comme Réseau de transport électrique (RTE) reconnaît que « malgré l'intermittence du vent, l'installation d'éoliennes réduit les besoins en équipements thermiques ». L'intermittence, d'ailleurs, est compensée du fait que le régime des vents n'est pas le même sur la façade atlantique, dans la vallée du Rhône et dans la région méditerranéenne.

L'éolien rencontre aussi l'obstacle de l'armée de l'air, de l'aviation civile et de Météo-France, dont les radars sont prioritaires. Or un parc éolien peut brouiller les signaux sur un rayon de 5 km. C'est pourquoi, actuellement, 2.200 MW projetés sont bloqués. Les défenseurs du paysage crient bien sûr à la défiguration du territoire. Les promoteurs de l'éolien font observer que le paysage français est surtout défiguré par les 110.000 pylônes de lignes à haute tension et les 30.000 châteaux d'eau. Selon eux, les éoliennes sont « élégantes » et dispensent de fils électriques aériens. Car l'énergie éolienne irrigue toujours la zone proche et boucle le réseau de moyenne tension. Si l'on atteint l'objectif de 25.000 MW installés en France, cela correspondra en moyenne à un parc éolien de quatre mâts pour 18 communes. Il est prévu 19.000 mâts à terre et 6.000 mâts en mer.

Concernant l'impact sur la faune, il est fait référence à une étude de la LPO présentée en 2006 au festival du film ornithologique de Ménigoute. Selon cette étude, les plus grands mâts (120m hors tout) n'ont pas d'incidence sur les migrations nocturnes des oiseaux, qui volent très haut la nuit pour compenser la faible portance de l'air froid. Durant les migrations de jour, les oiseaux volent plus bas, mais voient mieux un mât ou une pale d'hélice qu'un fil électrique. Le seul vrai danger réside dans les cols de montagne reconnus comme voies migratoires privilégiées, du type col de l'Escrinet (Ardèche) ou Orgambideska (Pyrénées-Atlantiques), où il n'est évidemment pas question de planter des éoliennes. Les rares victimes des aérogénérateurs sont les chauves-souris, dont les sonars ne peuvent déceler une pale tournante.

NB Sur le stand d'EDF des 18èmes Rencontres organisées les 18 et 19 octobre par l'Agence régionale (PACA) pour la protection de l'environnement (ARPE), à Aix-en-Provence, un présentoir offrait toute une gamme de brochures de la collection « Nos énergies ont de l'avenir ». Parmi elles,   L'énergie hydraulique , L'énergie thermique à flamme et L'énergie nucléaire , mais pas l'énergie éolienne qui, sans doute, n'a pas d'avenir aux yeux d'EDF. Pourtant, EDF Energies nouvelles (50% d'actions EDF) était représentée lors de notre petit-déjeuner de presse par Antoine Saglio, qui a répété qu'EDF est le plus gros opérateur d'éoliennes en France, avec 9 parcs d'une puissance de 3 à 20 MW. Le plus gros d'une production encore minuscule…

L'éolien dans le monde en 2007 :

Allemagne : 20.622 MW
Espagne : 11.615 MW
USA : 11.603 MW
Inde : 6.270 MW
Danemark : 3.136 MW
Chine : 2.405 MW
Italie : 2.123 MW
France : 2.000 MW (atteint au 2e trimestre 2007)
Royaume-Uni : 1.963 MW
Portugal : 1.650 MW
Canada : 1.451 MW
Japon : 1.394 MW
Australie : 817 MW

 

 

 

Le new-look de l'éolien américain

Par Hélène Crié-Wiesner - Article publié sur Rue 89.com

A la ville : des éoliennes rondes, silencieuses, puissantes et légères sur des toits d'immeuble. A la campagne : des sites de production capables de fournir l'électricité quand le client en a besoin, et pas seulement quand le vent souffle. L'éolien US compense son retard par rapport à l'Europe (on ne parle pas de la France, là) en peaufinant les détails.

Il y avait déjà les toits végétaux pour absorber les chocs thermiques et réguler la température dans les bâtiments ; les classiques toits couverts de panneaux solaires qui assurent l'autonomie électrique de l'immeuble, et parfois même expédient des excédents de courant sur le réseau général ; il y a désormais les toitures éoliennes (rooftop wind systems), imaginées par des ingénieurs et des architectes fanas d'énergies renouvelables adaptées au milieu urbain.

L'idée n'est pas complètement nouvelle, puisque le premier projet date de 1976, à New-York. Elle décolle maintenant car les technologies et les matériaux ont progressé. Chicago, qui facilite ce genre de projets par une vigoureuse politique d'incitation, est une des villes où fleurissent en altitude nombre de ces nouvelles éoliennes couchées en forme de double hélice ADN. D'autres ressemblent à des batteurs à œufs. Toutes sont conçues pour le secteur résidentiel ou des immeubles de bureau.

Bil Becker, professeur à l'université de l'Illinois, fondateur de la société Aerotecture International (www.aerotecture.com/ourvision.html) a développé l'une de ces éoliennes urbaine. Sur une terrasse de Chicago, il explique sa démarche et montre ses produits dans cette vidéo (en anglais) :

Les produits de la société californienne PacWind (www.pacwind.net/) sont esthétiquement différents, mais également conçus pour des maisons ou des immeubles. Comme la compagnie britannique Quiet Revolution (www.quietrevolution.co.uk), les entreprises européennes, spécialisées depuis longtemps dans ce qu'on appelle en France « le petit éolien », ont déjà trouvé leur niche sur le marché US. Le Nobel d'Al Gore et l'éveil croissant des Américains aux problèmes du réchauffement climatique ne feront qu'accélérer le mouvement.

A une échelle très différente, puisqu'on passe des kilowatts résidentiels aux centaines de mégawatts industriels des « fermes à vent », une innovation considérable affranchira peut-être l'énergie éolienne de son principal handicap : son manque de flexibilité par rapport à la demande. Une jeune société américaine du Massachussets, General Compression (www.generalcompression.com/what-we-do/how.aspx ), semble avoir partiellement résolu le problème. Elle a mis au point un moulin qui ne produit plus de l'électricité, mais… de l'air comprimé.

Aujourd'hui, les sites oliens produisent de l'électricité quand le vent souffle. Parfois, tout va bien, notamment sur les zones bénéficiant d'un apport en vent régulier : par exemple, off shore. Mais selon les lieux, il y a des décalages gênants : l'été, la demande est plus importante à midi à cause des appareils d'air conditionné tournant à plein régime, précisément quand le vent, lui, se repose en attendant de repartir le soir. Tant pis également si les usines et les foyers commencent à pomper vers 8h du matin, quand justement la brise retombe après une nuit d'activité débridée.

Malheureusement, l'électricité ne se stocke pas, ou alors il faut en passer par des procédures compliquées et onéreuses. Les centrales thermiques ou nucléaires s'adaptent, en réduisant ou augmentant leur production. Jusqu'à présent, les centrales éoliennes ne pouvaient pas les imiter. Sauf à stocker l'énergie sous forme d'air comprimé, dans de gros réservoirs, pour la réutiliser aux heures de pointe. Mais l'opération est coûteuse en énergie, car elle nécessite des compresseurs… électriques. Il faut croire que l'augmentation du prix du pétrole et du gaz rend tout de même la manip intéressante, car elle se pratique en Alabama, et bientôt en Iowa. (« To catch the wind », 9/01/07 : http://newenergynews.blogspot.com/2007_01_01_archive.html )

La start-up du Massachusset a eu l'idée de modifier l'éolienne traditionnelle. A l'intérieur de la nacelle (la boîte en haut du mât attachée aux pales) se trouve en principe un générateur. General Compression l'a remplacé par un compresseur d'air. L'air comprimé est évacué par le mât vers un réservoir souterrain, ou simplement un réseau de canalisations. Le réservoir relargue ensuite l'air vers des turbines installées à proximité. Cette centrale électrique peut être conçue pour produire du courant envoyé sur le réseau au moment où il vaut le plus cher, ou bien fournir en énergie un groupe d'usines construites sur place, pour éviter les classiques déperditions d'électricité liées au transport.

General Compression assure que son procédé peut être adapté à n'importe quelle ferme éolienne existante, à condition de disposer d'un peu d'espace autour pour construire le réservoir et la centrale. Certes. Mais on imagine mal les opérateurs des wind farms en activité démonter leurs nacelles pour remplacer les générateurs par des compresseurs. L'avenir de ce nouveau procédé réside sans doute dans les futurs sites éoliens, aux Etats-Unis, en Europe ou ailleurs, en promettant aux exploitants une bien meilleure rentabilité de leurs parcs électriques.

Au delà des rêves d'expansion de la jeune entreprise - dont visiblement les managers voient très grands ( http://www.generalcompression.com/what-we-do/energy-parks.aspx ) en proposant de prendre en charge la conception de parcs de 1000 mégawatts et la gestion de contrats de production sur 20 ans- on a peut-être enfin trouvé LA manière de réaliser le rêve de « l'économie hydrogène » ( http://www.amazon.ca/Economie-hydrogène-L-Jeremy-Rifkin/dp/2707137839 ) prônée par Jeremy Rifkin ( http://www.foet.org/JeremyRifkin.htm ).

Les piles à combustibles, ça vous dit quelque chose ? Fonctionnant à l'hydrogène, seule manière de stocker les énergies renouvelables ? Un hydrogène garantie sans CO2, sans particules polluantes, sans rien de sale s'il est généré par catalyse à partir d'eau et d'électricité ? Rifkin voyait ça possible grâce à l'énergie éolienne, si la transformation en hydrogène avait lieu au pied même des turbines, pour éviter des transports ridicules et coûteux. Et justement, General Compression suggère quelque chose d'approchant sur son site web.

Retrouvez les nouvelles de l'environnement aux Etats-Unis sur la page d'H.C-W :
www.rue89.com/american-ecolo

 

 

Eoliennes à CUBA

Par Claude-Marie Vadrot

La conférence internationale sur les énergies nouvelles, l'énergie éolienne et les économies d'énergies qui a réuni à Cuba plusieurs centaines de personnes d'une quarantaine de pays illustre parfaitement la « Révolution énergétique » que prône Fidel Castro. Au départ, un slogan qui a fait sourire, surtout quand le gouvernement a organisé le remplacement de toutes les ampoules à incandescence et des vieux réfrigérateurs énergétivores ; puis, désormais, une greffe qui est en train de prendre car toute l'Ile est partie à la « chasse au gaspi ». Et surtout le système de formation et d'éducation du pays s'est rapidement mis au service des énergies nouvelles. Les deux seuls Français présents à cette conférence, Pierre Pesnel et Laurent Vergnet, responsables d'une entreprise fabricant des éoliennes, en témoignent avec une surprise admirative : «  Il y a deux ou trois ans, quand nous avons commencé à travailler avec les Cubains, ils n'étaient pas au top, ils ne savaient pas grand-chose. Maintenant, dans les tous les domaines, ils ont réussi à se former, ils sont devenus très pointus dans le secteur des énergies renouvelables. Pour les éoliennes, ils ont mis au point une extraordinaire carte de l'utilisation des vents qui illustre bien leurs progrès. C'est d'ailleurs ce qui nous impressionne ici : la faculté d'évolution rapide des ingénieurs et des techniciens. Un bon point pour le système d'éducation et de formation  ».

Sur instruction du chef de l'Etat, cette société française vient d'équiper la célèbre île de Jeunesse (autrefois l'île des Pins) d'une batterie de six éoliennes de 275 kilowatts. Ce qui a décidé les autorités cubaines : ces engins sont…pliables. Donc parfaitement adaptés aux pays menacés par les tempêtes et les cyclones puisqu'il ne faut que quelques minutes pour les allonger sur le sol. Une particularité qui permet en outre une installation sur une très petite plate-forme de béton et sans grue ; avec un entretien et des réparations facilitées. Ces éoliennes faciles à installer et à entretenir, sont en service à la Guadeloupe, à la Réunion, en Nouvelle Calédonie et au Maroc. Mais elles sont pour l'instant très peu présentes en France. Peut-être parce qu'elles échappent à la règle dominante du gigantisme…

Ces éoliennes, qui peuvent chacune fournir du courant à 2000 personnes, ont suscité beaucoup d'intérêt à la conférence placée sous le signe de l'imagination. De quoi satisfaire Fidel Castro qui pousse son pays à marche forcée vers l'indépendance énergétique, refusant très véhémentement le recours aux essences végétales contre lesquelles il est parti en guerre dans ses dernières prises de position. Comme s'il pressentait que le pétrole pas cher proposé par Hugo Chavez ne sera pas éternel et que les recherches des Chinois sur le littoral nord de l'Ile ne peuvent pas offrir une solution durable.

Au sortir de cette conférence prédominait la certitude que Cuba est en passe de devenir un laboratoire des énergies nouvelles et que l'Amérique Latine est prête à se tourner, sauf au Brésil, vers des solutions à la fois économes et décentralisées car le solaire y interviendra souvent en complément.

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